Claude CART-BROUMET, Dit ''La Plaque''

14/10/2019
Claude CART-BROUMET, Dit ''La Plaque''

Pourquoi ce surnom de « La Plaque » ?

Cart Broumet, au service de Philippe IV, roi d’Espagne, avait reçu une large blessure à la joue. Elle était si considérable qu’il était obligé de la recouvrir avec une plaque de métal, d’où ce surnom.

En l’an 1639, il vivait dans la demeure de ses ancêtres, laquelle, incendiée par les Suédois, fut reconstruite par Cart Broumet. L’emplacement subsiste encore à quelque distance du village de Mouthe au « Cul-du-Bief ».

Les troupes du duc de Saxe-Weimar commandées par le féroce de Guébriant, qui comprenaient des éléments suédois à la suite de l’accord passé entre Louis XIII et Gustave Adolphe roi de Suède, avaient pillé Pontarlier pour se répandre ensuite dans les villages de l’amont qu’ils incendiaient les uns après les autres.

Mouthe, qui n’avait pas connu la guerre depuis l’époque de Charles le Téméraire, vivait dans une prospérité relative et les habitations, le haut fourneau ne furent plus que ruines tandis que les vainqueurs y installaient leur place d’armes.

C’est alors que Cart Broumet, un colosse, vint défendre ses compatriotes et d’embuscade en embuscade fit payer cher les atrocités commises. Pour cela, il donna l’exemple, utilisant des caches d’où son arquebuse fit maints ravages chez les Suédois. On dit même qu’embusqué au Malaitaux, dans la forêt de Noirmont, il atteignait des soldats ennemis sur la place de Mouthe. Fait prisonnier, il s’évada. Repris, il retrouva la liberté par une ruse où il affirma connaître l’endroit du trésor caché des seigneurs de Mouthe.

Conduisant sur place un chef ennemi, seul par égoïsme, notre gaillard le tua et regagne les fondaisons. Là, il fut ravitaillé avec ses compagnons par une femme nommée Vauchy, du Bief-Girard, hameau de Gellin qui leur portait du bôlon (petit pain d’avoine séché au four) ou de la raisierre (galette de pâte d’avoine qui se mangeait fraîche avec les gaudes au lait).

Les Comtois n’avaient pas d’armes à feu et utilisaient des flèches qui s’adaptaient à une tige d’acier longue de trois mètres. Deux hommes étaient nécessaires pour le maniement de cette arme fabriquée à Romainmotiers (canton de Vaud).

Cart Broumet alla aider les habitants du Val de Mièges et de Nozeroy. Ses auxiliaires se nommaient Jean Alpy, de Cernébaud, Guillaume Girod de Mignovillard, Félix Paulin de Mouthe et Louis Faivre de Tréliez. Cette guerre de partisans, avec vie dans des grottes, coûta la vie à plus de 800 suédois.

De nombreux épisodes émaillèrent cette lutte tant vers Château-Vilain que vers Mouthe où un corps à corps opposa notre héros à un géant suédois au lieu dit le « Moutat » après une poursuite depuis la forêt de Crouzet.

Franc-tireur du Haut Doubs, ce « croquant » de Cart Broumet se joignit à Jean-Claude Prost, de Longchaumois, connu sous le nom célèbre de Lacuson.

Dans cette invasion qui vit Rochejean, comme Nozeroy, bourg fortifié des princes de Chalon, réduit en cendres, les villages de La Chaux-d’Arlier ne furent pas épargnés, sauf Bulle sauvée par le brouillard et demandèrent l’aide de Cart Broumet et de ses partisans.

Après ces faits d’armes, Claude Cart Broumet, dont le nom de guerre Alexis, fut suivi du surnom de « La Plaque » se retira en sa maison de Mouthe où il épousa la riche Fribourgeoise Isabelle de la madeleine dont il eut huit enfants.

C’est ainsi que ce personnage quelque peu oublié participa à sa façon à la guerre de trente ans qui s’acheva en 1648 par la paix de Wesphalie. Sa lutte partisane contre ces armées dites « suédoises » de Bernard de Saxe-Weimar, troupes aguerries, bien commandées mais cruelles et ne voyant dans la guerre que source d’orgies et de pillages, est l’un des fleurons de l’histoire du haut Doubs qui a toujours été soucieux d’indépendance et de liberté.

Et à cette époque où Lacuson s’illustrait dans le Jura, Cart Broumet à Mouthe, la famille Billod dans le Val de Morteau entraient dans la légende où l’histoire leur avait ouvert une voie d’honneur.

Mouthe a rendu hommage à Cart Broumet en donnant son nom à la déviation nord du village. Il s’agit de perpétuer le souvenir de cet enfant du pays qui s’illustra lors de l’invasion suédoise et de la conquête française en Franche-Comté.